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Emma surprenait par sa beauté et sa lucidité. Elle ne présentait certes pas toutes les qualités possibles et imaginables, mais sa personne sortait de l'ordinaire.
On s'extasiait devant la finesse et la grâce de son corps. Sa longue chevelure rousse était en tout point semblable à celle d'une sirène, et on s'étonnait presque de ne point y trouver quelque coquillage égaré. Ses yeux de biche d'un vert océan étaient si grands qu'on eût cru pouvoir s'y perdre. Ses lèvres pulpeuses au contour parfait découvraient des dents régulières d'un blanc éclatant.
Elle dégageait une impression de fragilité, ce qui soulignait encore sa féminité. Mais la Nature ne s'était pas contentée de lui léguer un charme naturel. Elle l'avait aussi pourvue d'une intelligence hors du commun, d'un esprit vif et éveillé ainsi que d'une capacité de raisonnement impressionnante.
Quand ses parents étaient morts dans un accident de voiture lorsqu'elle n'avait que dix-huit ans, elle avait découvert la vie dure et sans pitié. Elle avait appris à survivre malgré la douleur que lui infligeait le décès de ses parents ; ces êtres qui lui avaient donné la vie, l'avaient accompagnée et soutenue dans ses efforts de comprendre les bizarreries de notre vieux monde, comme une lionne apprend à ses lionceaux l'art de la chasse. Ils ne l'avaient point « couvée », mais l'avaient aidée à pousser. Tels des tuteurs que l'on applique aux jeunes arbres, ils lui avaient montré la voie à suivre, et maintenant qu'ils étaient partis, elle se sentait s'effondrer lentement, comme si tout ce qu'elle avait édifié avec leur aide s'ébranlait tel un éphémère château de cartes.
Seulement, si le temps avait refermé la plaie, il n'avait pas eu raison des remords amers qui la rongeaient inéluctablement, la détruisant de l'intérieur. Oui, elle était avec ses parents, lors de l'accident ... Pourquoi n'était-elle pas morte à leur place ? Pourquoi n'était-elle pas partie avec eux ? Elle cherchait inlassablement des réponses rationnelles à ces questions fatales, néanmoins elle ne pouvait concevoir aucune hypothèse cohérente. Elle regrettait de ne pas être morte à la place de ses parents et tentait de se consoler en pensant que si le destin en avait décidé ainsi, c'était sûrement parce que quelque part sur Terre, quelqu'un avait besoin d'elle.
Suite à l'accident, Emma était tombée dans le coma. Lorsqu'elle s'était réveillée à l'hôpital, elle était devenue amnésique. Mais cet effet éphémère se dissipa peu à peu et elle recouvra pomptement la mémoire. Cependant, celle-ci n'était pas totalement restituée, et certains souvenirs étaient enfouis dans l'attente de se réveiller un jour, si l'occasion leur en était donnée.
À présent, elle vivait tant bien que mal avec sa peine et, malgré ce qu'elle tentait de faire croire à ses proches, le printemps n'était pas de retour ... Le froid gelait son coeur et y enfonçait ses serres effilées : en son être, l'hiver tempêtait et ravageait tut sur son passage. Son âme n'avait plus souvenir du Soleil qu'à travers ces nuages sombres et menaçants qui tourbillonnaient sans fin en elle. Elle ne vivait plus que sur des réminiscences, se repliant sur elle-même. Chaque jour était pour elle un nouveau supplice à endurer, sans échappatoire possible.
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